Cette histoire commence vendredi dernier. Sagement installée dans un café du Vieux-Montréal avec mon journal, je suis tombée sur cet article de Fabien Deglise du quotidien Le Devoir au sujet de la journée sans Facebook. Réflexe naturel de toute Y qui se respecte, j’ai posté ceci sur mon wall : « Une journée sans Facebook le 28 février prochain. Est-ce que vous allez participer? » Une myriade de commentaires a aussitôt surgit sous mon statut. Dans ma tête tout était clair : J’allais participer à cette fameuse journée sans Facebook, coûte que coûte.

Une journée sans Facebook

En gros, cette journée de sensibilisation est une invitation à prendre une pause pour méditer sur les conséquences de cette nouvelle façon de communiquer qui bouleverse nos vies. C’est également une occasion de se poser des questions sur notre rapport à la censure, à la vie privée, à la publicité en ligne et à la cyberdépendance. Les organisateurs de la 3e Journée mondiale sans Facebook ont donc invité les 600 millions d’utilisateurs de la plateforme à délaisser le réseau social pendant 24 heures le 28 février dernier.

C’est bien beau tout ça, mais comme l’ont souligné plusieurs de mes amis sur mon profil, est-ce que ça change vraiment quelque chose? À mon avis, il faut avoir l’esprit bien étroit pour penser qu’une journée comme celle-là n’a pas sa raison d’être seulement parce qu’elle « ne changera rien ». Le simple fait de réfléchir, de réagir ou de s’interroger porte ses fruits. C’est la vocation même d’une journée mondiale, telle la journée En ville sans ma voiture, souvent citée en exemple et comparée à cette initiative.

Maintenant que nous avons convenu ensemble qu’il s’agissait d’une journée de réflexion et de sensibilisation qui ne changerait probablement concrètement rien à nos habitudes, nous pouvons nous poser les vraies questions.

En tant qu’utilisatrice régulière (bon OK assidue), je m’interroge souvent sur une foule de trucs : Où vont vraiment les photos et informations que je partage? À qui sont-elles vendues (annonceurs, compagnies de sondage, entreprises, particuliers), si elles le sont? J’ai bien lu quelques trucs sur la question, mais ça reste toujours assez nébuleux. Par contre, ce qui m’inquiète le plus est le contrôle serré, voir même abusif, qu’exerce le site sur le contenu des pages et des profils. On a qu’à penser à la New York Academy of Art qui a diffusé sur Facebook des esquisses au crayon de l’artiste Steven Assael et dont les nus ont été supprimés par le site, ou encore, aux événements traitant de la journée sans Facebook dont les versions en anglais, français et espagnol ont été banies par l’équipe de monsieur Zuckerberg. Sommes-nous en train de laisser Facebook imposer à tous un modèle de censure à l’américaine? Je ne voudrais pas sortir le terme “Big Brother” des boules à mites prématurément, mais les faits sont inquiétants.

Comme le souligne plusieurs experts, Facebook n’est pas une petite coopérative de village. Il s’agit d’une entreprise multinationale privé qui vise naturellement la rentabilité de ses actionnaires. Elle impose les règles qui lui conviennent et fait comme bon lui semble. La preuve, est-ce que Mark Zuckerberg vous a appelé avant de procéder aux récents changements dans les fans pages ou encore dans ceux effectués pour visionner les photos? Non! C’est bien ce que je croyais. Moi non plus…

Mon expérience

Donc, 28 février minuit. Les Oscars viennent de se terminer et je m’endors en songeant à cette journée sans Facebook. Au réveil, difficile de ne pas consulter le site comme je le fais toujours. Oui, vous avez bien lu. Lorsque j’ouvre les yeux chaque matin de ma petite vie, je saisi mon iPhone et consulte (dans l’ordre) : Facebook, Twitter, Météo, Cyberpresse et Foursquare avant de regarder mes e-mails. J’ai résisté et je suis sortie du lit sans savoir ce que mes amis avaient bien pu « liker », partager ou m’envoyer comme message en inbox.

Arrivée au bureau, j’ouvre mon Outlook et résiste à l’envie d’aller jeter un oeil sur Facebook. Je me suis donc rabattue sur Twitter piaillant avec mes « amis virtuels » au sujet de cette journée et autres trucs. Je l’avoue cependant, j’ai dû mettre le nez sur Facebook pour aller entretenir quelques pages dont je suis administratrice pour le travail. Oh là, suplice ultime, j’ai résisté à l’envie de consulter mes notifications (applaudissements ici). La journée terminée, je sors du bureau pour aller rejoindre un ami pour souper. Je check-in sur Foursquare (la routine) et on parle d’une connaissance commune. Je veux lui montrer un truc que j’ai vu sur le profil Facebook de la dite connaissance : Peux pas. Quel ennui! Il se lève pour aller aux toilettes au cours du souper. Attention : Période d’attente de 5 minutes sans Facebook? Ça n’a pas été du gâteau.

Tout ça pour dire que je me suis endormie 24 heures plus tard en ayant résisté et en me rendant compte que je me sers de Facebook pour : entretenir mon réseau, partager de l’information, faire des recherches, travailler, supporter une période d’attente, communiquer avec mes amis et mon réseau professionnel, créer des événements… La liste est attrocement longue! Je suis cyberdépendante, c’est confirmé.

Au moins, cette journée aura eu du bon. Je suis maintenant plus que jamais consciente de mon addiction et j’essaie d’être plus vigilente face à l’utilisation de mes informations personnelles par Facebook. Mais, à l’heure où un des films les plus populaires de l’année est The Social Network, où Mark Zuckerberg est élevé au rang de personnalité de l’année par TIME magazine et où le réseau social compte plus de 34 761 316 fans peux-ton vraiment faire marche arrière?